L’Espagne

Disons tout de suite que Jeffrey et moi avons beaucoup aimé le pays basque. Il faut aussi comprendre que c’est une région bien particulière séparée en trois dans deux différents pays (j’espère que je ne me trompe pas). Quand nous sommes arrivés en Espagne, nous étions en Navarre. Comme les groupes dominants voulaient empêcher la propagation du basque, ils ont séparé la région en différentes communautés. Ce que nous avons appris, c’est que le basque est une très vieille langue qui n’a rien à voir avec les langues celtiques ou latines. Et avec tout ça, vient la répression d’un groupe dominant sur un autre, le désir d’indépendance, l’existence d’une culture dans une culture. D’ailleurs, plus d’une fois, on nous a répété que l’Espagne n’était pas UN pays unique, mais construit d’une multitude de différentes cultures. Chacune des régions a ses particularités et ses règles aussi. 

Certainement des thèmes importants de notre voyage. 

Toujours est-il que nous avons passé nos deux premières nuits en Espagne dans un genre d’auberge (albergue) de jeunesse à Lesaka. C’est surtout le mauvais vent qui nous a poussés à y rester. Nous en avons profité pour y faire le tour (c’est tout petit, c’est rapide!) et pour essayer de planifier un peu les jours suivants.  


En même temps, je me sentais submergée par des émotions fortes. Tout d’un coup, j’avais le sentiment d’être arrivée « ailleurs ». Pour moi, l’Espagne, et c’est peut-être parce que c’est le nord de l’Espagne, est différente des autres pays que nous avons visités. Même après plus d’une semaine, j’ai toujours cette sensation. Il y a la langue et la culture, mais c’est beaucoup plus. L’Espagne semble un peu engluée dans un passé qui s’entrechoque avec une modernité forcée. Peut-être arriverez-vous à le sentir à travers nos histoires et nos photos? 

Nous avons quitté Lesaka sous un beau ciel bleu et nous nous sommes aventurés sur l’ancien chemin de fer. C’est toujours plaisant même si un des tunnels s’est effondré et nous a forcés à prendre la route nationale sur trois kilomètres. Aussi, le sentier n’est pas aussi bien entretenu qu’en France ce qui rend la route cahoteuse et parfois périlleuse. Jeffrey en a subi les conséquences quand le support avant de son vélo s’est brisé. Nous étions au milieu de nulle part. Jeffrey a utilisé sa débrouillardise pour réparer le tout. 




Avec tout ça, nous sommes arrivés fourbus chez notre hôte qui vit tout en haut de la plus belle côte de son village! Mais quelle surprise! Xabi nous a accueillis les bras ouverts dans sa maison familiale rénovée et dont les murs étaient couverts des aquarelles de son père. Nous devions planter la tente dans sa cour et nous avons finalement passé la nuit dans un lit après une tortilla espagnole et une dégustation d’alcools régionaux. Nous échangions en mélangeant français et castillan. Parfois, le basque venait s’y ajouter pour bien décrire la culture de notre hôte. Tout une rencontre.

Le lendemain, nous allions rejoindre le Camino de Santiago, sentier réservé aux pèlerins qui s’en vont vers St-Jacques de Compostelle. Xabi nous avait dit d’arrêter à Pamplona pour y acheter un livret du pèlerin. Comme nous nous sentions à nouveau pressés par le temps, nous avons passé rapidement notre chemin à travers cette ville mythique pour la course du taureau.

Ce soir-là, nous pensions pouvoir passer la nuit dans un camping, mais il était fermé et nous nous sommes retrouvés dans une auberge réservée aux pèlerins. Ceux-ci étaient abondants et nous étions les seuls en vélo. Je me suis rapidement demandé si je n’étais pas un peu trop vieille pour ce genre d’expérience. La basse-cour s’était réunie dans la cuisine-salle à manger et de jeunes coqs s’ébouriffaient les plumes devant les jeunes poulettes. L’alcool coulait à flot. On racontait ses aventures, expliquait les raisons du voyage ou on donnait des conseils sur la meilleure façon de faire les choses. À travers tout ça, il y avait une petite famille française dont les enfants se chamaillaient constamment. Finalement, il y avait quelques couples comme nous désirant se reposer pour mieux repartir le lendemain. Mais comme on ne choisit pas quand on est pauvre, notre dortoir était composé d’un mélange d’individus. Je pensais que nous allions échapper au groupe de fêtards, mais les plus jeunes de notre chambre étaient sortis pour ne rentrer qu’à l’heure du couvre-feu. À ce moment-là, la chambre s’est couverte d’une brume éthylique qui n’allait jamais s’évaporer au cours de la nuit. Pour ajouter à mon malheur olfactif, l’alcool avait bien fait son travail et un ronflement digne d’un train de fret s’est rapidement fait entendre. 

Jeffrey et moi rêvions à notre tente plantée au milieu d’un ciel étoilé. 

Au petit matin, nous sommes partis toujours en suivant les traces des pèlerins, mais en coupant parfois par l’ancienne route nationale qui était maintenant plus ou moins abandonnée au profit de l’autoroute nouvellement construite. Je trouve toujours triste de voir que, même aujourd’hui, on dépense des milliards pour construire des autoroutes. Cette journée-là, nous avons tout de même passé des champs d’oliviers et d’anciennes ruines romaines. 




Comme le sentier des pèlerins n’était jamais loin, nous avons pu y dénicher une aire de repos qui nous permettait de planter la tente et de profiter d’une table à pique-nique. L’endroit n’était pas parfait, mais notre tente regardait les vignes devant elle. La nuit fut calme et nous fit le plus grand bien. 

Ici, il faut bien dormir parce que les côtes sont douloureuses et nous en gravissons de bien belles. En fait, nous atteignons ici la plus haute altitude que nous n’avons jamais atteinte durant notre périple. 

D’ailleurs après une autre journée à se détruire les cuisses, nous sommes passés chez un jeune cultivateur de la région pour profiter de son jardin. Nous y avons planté la tente, j’ai pu flatter la petite minette du coin et nous sommes repartis avec de beaux légumes pour le lunch. C’était intéressant de discuter avec Guillermo qui connaissait le Québec à cause du livre sur l’agriculture qu’il lisait. Moi qui venais de lui dire qu’il y avait des trucs intéressants qui se passaient au Québec dans ce domaine! 

Il nous restait deux jours avant d’arriver à Burgos et beaucoup de dénivelé à gravir. En fait, la route que nous suivons présentement n’est pas tout à fait adaptée pour les vélos que nous avons. Il a fallu descendre quelques fois pour les pousser à travers les cailloux trop ronds ou les montées trop à pic. D’ailleurs, nous passerons la nuit juste après une montée ridicule qui nous a menés à plus de 1000 mètres d’altitude. La vue était belle. L’endroit était calme. 




Nous étions prêts pour la grande ville et quelques jours de repos à Burgos. 

4 thoughts on “L’Espagne

  1. Très intéressant que la première vague de vrai choc culturel et dépaysement arrive en Espagne. Les paysages sont beaux, et on dirait presque désertiques par endroits dans les photos que tu as partagées. J’ai été dans la région basque vers la fin de ma vingtaine durant un séjour linguistique; je me rappelle avoir été surpris par cette identité (et langue) bien particulière mais dont les gens sont fiers! On en discutera en plus de détail autour d’un verre de vin (espagnol, pourquoi pas!) Bientôt.

    Quel temps fait-il ces temps-ci ? Les ciels d’Espagne paraissent bcp plus clairs et ensoleillés que ceux d’Irlande.

    Bravo de continuer de faire des rencontres avec des gens fort intéressants. S’héberger chez les résidents de la place s avère toujours la meilleure manière de connaître une région, son peuple, sa culture.

    En parlant des choses qui ont un lien avec ce qui espagnol (ou plutôt hispanophone), les Montréalais viennent d’élire leur deuxième mairesse, et la toute première cheffe de ville à être issue de l’immigration. Une enfant de la loi 101 (comme elle se qualifiait durant la campagne) est dorénavant à la tête de la ville. Quant aux New-yorkais, eux, ils viennent d élire leur premier maire musulman. Des vents forts soufflent sur les sentiers que vous parcourez, et un vent de renouveau souffle en politique municipale ici.

    Hâte de lire la prochaine étape ! Et merci pour la belle carte postale que j’ai reçue aujourd’hui (de France ), quelle agréable surprise!

    1. Il ne fallait pas parler de ciel clair! C’est intéressant puisque nous avons eu de chaudes journées, mais c’est maintenant plutôt gris. Aussi, il parait que la région de Castille y Léon où nous nous trouvons présentement est réputée pour son vent et ses averses. En vélo, c’est toujours un défi et je le mentionnerai dans mon prochain article après Burgos. Aussi, on s’imagine l’Espagne très chaude et c’est certainement une région assez sèche puisque tout est jauni, mais nous sommes tout de même relativement au nord et en altitude. Les soirs ne sont pas chauds même si tout va bien une fois que nous sommes entrés dans notre tente et nos sacs de couchage.

      Finalement, élire une dame issue de l’immigration, c’est bien, par contre, je ne suis pas certaine que ses idées soient tout à fait progressistes contrairement au nouveau maire new-yorkais. On pourra certainement en jaser un peu plus tard!

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