(Note de l’autrice: personne ne s’est battue sinon contre les éléments, je cherchais surtout un mot qui commençait par B.)
Sous un ciel gris, nous avons repris la route des pèlerins, sentier de terre le long des champs interminables de la région. La pluie s’était abattue sur les champs la nuit précédente et nous nous sommes tout d’un coup retrouvés à combattre la boue. Je glissais d’un côté et de l’autre et toutes mes années de patinage artistique ne m’aidaient pas du tout à contrôler mon engin. Jeffrey, lui, avec ses beaux pneus tout-terrains semblait maîtriser la situation jusqu’à ce que tout se prenne en pain entre ses roues et les garde-boues. S’en est suivi une longue et lente bataille contre l’argile. L’ennemi est terrible et pernicieux surtout quand il se solidifie au point où les roues s’immobilisent complètement. Un mauvais rêve commence alors. Que faire au milieu des champs et du vent quand les roues d’un vélo ne veulent plus rouler? Une chance que la machine est lourde sinon elle se serait envolée au bout des bras d’un cycliste furieux et quelque peu désespéré. Au bout d’un certain temps, à force de raclage à la cuillère et de passage dans les grosses flaques du chemin, le cycliste est parvenu à libérer ses roues. Nous pouvions rouler de nouveau. Sales, très sales, mais libres.


Malgré toutes ces péripéties, nous pensions pouvoir profiter d’un terrain de camping qui s’est avéré, je vous le donne en mille, fermé. Quand une pluie fine s’est mise à tomber, j’ai pris la décision exécutive de louer une petite chambre dans une des auberges de pèlerins du coin. Plus cher que le dortoir mais ô combien salvatrice après une journée de combat!
Le matin suivant s’annonçait splendide et nous avions d’ailleurs décidé que les chemins de terre appartenaient aux randonneurs bien plus qu’aux cyclistes. Nous avons emprunté les routes tranquilles qui s’offraient à nous. De longues routes bordées de champs. Des routes droites comme des flèches. Dignes du Kansas selon Jeffrey.






En mi-journée, nous avons rejoint le canal de Castille. Comme nous sommes toujours plein d’espoir, nous nous y sommes aventurés même si nous retournions ainsi sur des routes non-pavées.





C’est sur le bord de ce chemin que nous avons trouvé un bel endroit pour bivouaquer. Les Français utilisent le terme pour désigner tout campement temporaire. Malgré le bruit de l’autoroute qui n’était pas très loin, l’endroit s’est avéré très agréable.




Le lendemain, nous étions prêts à nous rendre à Palencia pour récupérer le support de Jeffrey.



Et, malgré le beau temps qui nous aurait permis de rouler longtemps, nous avons profité de l’aire de pique-nique que nous avons trouvée à l’extérieur de la ville pour installer notre campement et faire sécher notre tente. Pas besoin de pluie pour que la tente soit tout humide. Le changement de température et les lourdes rosées font en sorte que la tente se retrouve souvent perlée d’eau au petit matin. Comme le soleil n’en finit pas de prendre son temps pour se lever à ce temps-ci de l’année, la tente ne se range jamais sans être tout à fait sèche.






Une nouvelle journée commençait le long du canal souvent trop près de l’autoroute pour vraiment rendre l’expérience intéressante. Après un arrêt au Mercadona de Valladolid, nous sommes sortis de la ville. Je trouvais la piste cyclable représentative d’une certaine Espagne avec ses vieux murs laissés à l’abandon et barbouillés de graffitis, les hommes en vélo (très peu de femmes cyclistes espagnoles ont été croisées) et les signes obligatoires de la modernité avec de grosses poubelles. Ces dernières n’empêchent pourtant pas les détritus de joncher un peu partout le sol.

Le moment agréable de la journée: trouver un amandier et le brasser un peu pour en faire tomber son trésor.



Après une nuit venteuse sur le bord du fleuve Douro, nous voulions nous rendre le plus vite possible à Zamora afin d’éviter les averses qu’on annonçait. Nous avions prévu prendre l’ancienne route nationale. Une chambre miteuse (on ne le savait pas à ce moment-là) dans une auberge de jeunesse nous attendait. Malgré le grand kilométrage (plus de 75 km), nous étions prêts à affronter le vent qui soufflait toujours. Mais étions-nous vraiment prêts?
L’arrêt du midi à Toro ne nous laissait pas entrevoir les conditions météorologiques que nous allions devoir affronter. Nous avons d’ailleurs regretté de ne pas être arrêtés dans cette petite ville au premier abord sympathique au lieu de continuer notre route. Si nous avons appris quelque chose pendant ce voyage c’est qu’avec des « rais », tout aurait été parfait!!! (Mais non, c’est juste une impression. Petit billet sur le conditionnel à venir!)







Alors, voilà. Nous, à vélo. Le ciel bleu à l’arrière et les nuages gris, à l’horizon. Je me dis que ça va. Je me berce d’illusions jusqu’à ce que le gris tourne au noir et que le jour ressemble à un soir de novembre qu’on aimerait passer près du feu dans la cheminée. Sans crier gare, la situation est devenue quasi cauchemardesque: les arbres se sont pliés, nos yeux se sont plissés, un pied s’est déposé sur la chaussée, il était impossible de naviguer sans danger. La pluie s’est abattue en diagonal bientôt rejointe par la grêle qui nous pinçait les joues. Quelques voitures filaient sans arrêter et je me suis demandée ce que les Irlandais auraient fait.

Après quelques minutes, les terribles bourrasques se sont calmées. Nous voulions au moins trouver un endroit à l’abri de la pluie afin de vérifier ce qui venait de se passer. Nous étions à 20 kilomètres de Zamora. Le radar indiquait toujours de la pluie. Nous avions peu de choix, il fallait continuer.
On peut penser que tout ça est de notre faute, que nous n’avons pas porté attention aux conditions météorologiques et gnagnagni et gnagnagna. En fait, nous ne sommes pas les seuls à avoir été surpris par la violence de l’épisode. Nous avions rencontré un couple breton (un autre!) quelques jours passés et nous le retrouverions un peu plus tard par hasard. Erwan et Vanessa nous révéleraient alors que la tempête momentanée allait les surprendre lors d’une pause repas tout au haut d’une montagne.
Nous sommes donc arrivés à Zamora trempés et frigorifiés. Je passe tous les détails de ce qui s’est passé par la suite, je pourrai le raconter de vive voix, mais nous nous sommes retrouvés dans une petite chambre miteuse digne d’un motel du boulevard Hamel. Maintenant, si vous n’êtes pas de la ville de Québec, ça ne vous dit rien et pour vous donner une idée, les motels dudit boulevard sont populaires parmi les personnes cherchant un endroit pour assouvir leur bas instinct à petit prix. D’ailleurs, ce fut le commentaire de Jeffrey quand il a vu la tapisserie rayée blanche et rose des murs et les coussins roses, quétaines en espèce de fausse soie cheap déposés sur le lit. Pour ajouter à l’impression, un peu plus tard ce soir-là, la dame de la chambre voisine nous a fait part de tout le plaisir que son partenaire lui donnait. Je ne blague pas.


L’endroit nous a tout de même offert une douche chaude dont nous avons pleinement profité. Et comme je ne voulais pas rester dans cette chambre plus longtemps qu’il ne fallait, nous sommes partis à la recherche de quelque chose à nous mettre sous la dent. Il était 18 heures. Presque tout était fermé. Après un peu de désespoir (moi), Jeffrey a déniché un petit resto argentin. Empanadas, pizza, bières et desserts. Simple, mais délicieux.



Nous quittions Zamora frustrés par les difficultés techniques auxquelles nous faisions face: Komoot? Garmin? Nous n’en sommes toujours pas certains, mais tous les gadgets électroniques et numériques sont certainement la plus grande frustration de ce voyage.


Il était temps de partir vers d’autres cieux. On m’avait dit tellement de bien de Salamanca. Mon espoir s’effritait pourtant. Serions-nous déçus ou la ville nous dévoilerait-elle ses trésors?
Très beau récit. Presque un roman.
C’est bien vrai. Une belle plume, notre aventurière.
Me alegro de vuestra progresión, tan bien contada. Veo esas redes elásticas sobre vuestras alforjas….un trocito de mi viaja con vosotros.
Xabi! Merci de suivre nos aventures! Nous pensons souvent à toi et nous adorons nos petits filets élastiques!
What an adventure! Your stories bring a smile to my face. I was thinking about you guys at the market last Saturday and realized I hadn’t looked up the blog in a while, I’m glad I did! Stay safe and looking forward to reading more stories!
Pics around Toro looked incredible and those deserts looked like a fitting treat for someone who endured the fury of nature keep peddling it so much fun to follow