Première partie
Vivre sans auto transforme le rythme de la vie quotidienne. Tout ralentit parce que tout prend plus de temps. Tout porte à réflexion. Comment me rendre à tel endroit? Dois-je m’habiller chaudement? Combien de temps prendra ce trajet?
Vivre sans automobile comporte un certain non-sens pour le monde moderne dans lequel on vit. Tout doit aller vite, tout doit être rentable, time is money. Le choix de vivre sans automobile devient presque un acte de rébellion. Les gens vous regardent parfois admiratifs, parfois perplexes. Alors qu’on m’assène de commentaires divers sur ma motivation sportive ou mes desseins écologistes, aucun ne semble prendre conscience de l’ironie de la situation quand on m’assigne la surveillance la plus auto-centrique qui soit. Me voilà sur le bord du trottoir à saluer les élèves qui sortent de leur ferraille à quatre roues. Trente minutes de valse au carbone et de portière qui claque. Et je souris à tout vent. Il faut bien être polie. J’essaie bien de commencer la conversation, mais tout le monde se presse. Quand on voyage en auto, le temps file. On part un peu tard, le trafic surprend, un accident survient et voilà qu’il ne reste que quelques minutes avant le début des cours. Pourtant, on se sent invincible dans sa petite boîte de fer. En vélo ou en bus, le luxe du temps n’existe pas. Enfin, pas de la même façon. Difficile de partir sur les caps de roues! Pour se rendre à bon port, il faut se lever un peu plus tôt, vérifier les horaires ou la température. Il faut accepter d’avoir un peu trop froid ou un peu trop chaud.
D’ailleurs, mon vélo m’attend en classe. C’est une vieille bécane de 20 ans. Au retour de notre aventure, j’ai décidé de lui faire peau neuve, alors, je l’ai démontée, sablée, peinturée et remontée avec du nouveau. J’en suis bien fière. J’aurais bien aimé trouver quelqu’un pour en parler au boulot. « Tchin! R’garde-moi ça la belle affaire! J’ai changé le pédalier, c’est du 1 par 11! Nouvelle cassette et nouveau dérailleur! C’est-tu pas beau?! Pis la couleur? L’as-tu vue? Wowowow! » J’aurais eu plus de chance avec un nouveau VUS.




En toute honnêteté, je mens un peu. Je me suis bien pavanée avec mon vélo cargo. Celui-là fait toujours tourner les têtes. Mais ça, c’est une autre histoire de ma vie sans auto.
