Premier voyage solo

Après mes deux premiers voyages, je me suis retrouvée célibataire. Ce n’était pas une conséquence des voyages en vélo, c’était la vie. Toujours est-il qu’à l’été 98, je vivais seule. Comme j’habitais au centre-ville de Québec et que je ne voulais pas attendre quelqu’un avant de vivre des aventures, j’ai décidé de partir solo en vélo. Je voulais faire le tour de l’île d’Orléans. Honnêtement, je ne sais même pas à qui j’en ai parlé de ce fichu voyage, mais après avoir tout préparé, j’ai enfourché mon vélo et je suis partie. Une fois sortie du centre-ville, je pouvais emprunter la piste cyclable qui mène à la chute Montmorency. Ensuite, il me fallait traverser le pont. Je m’en souviens encore très bien parce que l’expérience avait été traumatisante! J’étais pourtant restée sur le trottoir, mais les camions passaient si vite que tout tremblait. Une fois rendue de l’autre côté, je devais certainement avoir les jointures blanches d’avoir empoigné mon guidon avec trop de force! J’ai tout de même continué et j’ai pris cette photo avec la vieille Canon de mon père. Encore une fois, équipement du cycliste assez rudimentaire: souliers de course et shorts bien ordinaires, toujours aucun casque!!

Je ne sais pas combien j’ai fait exactement. Dans ma tête, c’est environ trente kilomètres. Je n’avais pas vraiment rien planifié et comme le jour commençait à tomber, j’ai décidé d’arrêter à un site de pêche à l’étang. C’était un peu à l’intérieur des terres et je n’ai ressenti aucune gêne à demander au monsieur qui se trouvait là si c’était possible de monter ma tente. Il a accepté et il m’a même amené de l’eau. Tout allait bien jusque là jusqu’à ce que je rentre dans ma tente ce soir-là pour dormir. L’imagination, terreau fertile! Oh la la! Il faut dire qu’une bête s’était mise à roder autour de ma tente. Je n’allais certainement pas vérifier ce que c’était et je préférais rester silencieuse tout en gardant sur ma poitrine la grosse lampe de poche que je planifiais aplatir sur la tête du premier venu qui oserait s’aventure à l’intérieur de ma tente. Ce n’est pas arrivé, il n’y avait personne sauf peut-être un raton-laveur trop curieux. Malheureusement, j’ai seulement fermé l’œil quand les oiseaux se sont mis à chanter aux premières lueurs de l’aube.

C’en était assez pour moi. Le lendemain matin, j’ai rebroussé chemin et je suis rentrée chez moi au lieu de continuer mon aventure. J’allais attendre plus de 25 ans avant de recommencer l’expérience du voyage solo!

2 thoughts on “Premier voyage solo

    1. Je ne pense pas en avoir parlé avant de partir. Je ne pense pas que personne savait que j’étais partie. Je n’y avais pas pensé. Imagine, c’est presque impensable aujourd’hui. Par contre, je me rappelle t’avoir raconté l’histoire de la tente puisque c’est toi, j’en suis presque certaine qui m’avais mentionné les ratons laveurs.

      J’ai raconté l’histoire à mes élèves et j’étais un peu surprise de voir qu’ils n’étaient pas impressionnés par mes peurs. Après mûre réflexions, je me suis dit que ça devait être l’effet cellulaire. Aujourd’hui, nous sommes rarement « seuls ». Pour la génération adolescente d’aujourd’hui, c’est difficile d’imaginer un monde sans cellulaire, sans Google Maps et et sans constante présence d’écran.

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