de la gentillesse des gens et des maisons abandonnées

Comme nous préparons quelques cartes de Noël, je me suis rappelée que je voulais écrire sur la gentillesse des gens. Une réalité frappe: se sont souvent les moins nantis les plus généreux. Notre périple nous a permis de le constater à quelques reprises. 

Partir en voyage cinq ou six mois veut dire qu’il faut faire des économies en cours de route. Nous avions d’abord planifié de faire du camping le plus souvent possible. Mais il fallait aussi penser à d’autres alternatives puisque la température et la géographie peuvent rapidement mettre des campeurs à rude épreuve. Nous nous sommes donc abonnés à certains sites web tels que WarmShowers et Welcome to my Garden où les hôtes proposent d’accueillir gratuitement les voyageurs « lents » chez eux.  

Tous ceux qui ont répondu à notre requête ont été d’une grande gentillesse et surtout d’une générosité désarmante. Aucun millionnaire et souvent des personnes bien occupées. Pourtant, chacun a pris le temps de nous parler, chacun a offert ce qu’il pouvait offrir: parfois un lit où dormir, parfois une douche pour se laver, sans parler de ceux qui sont allés jusqu’à offrir un repas.  

Ces portes grandes ouvertes nous ont beaucoup touchés. Le long des routes parfois interminables et un peu ennuyantes, je me suis mise à réfléchir à ce que je voulais offrir à mon tour. D’ailleurs, je pense que ce n’est jamais exactement donnant-donnant pas plus que le « recevez et donnez à votre tour » existe vraiment. Dans la générosité, les inégalités existent. J’aspire à donner sans concession, sans me demander si on profite de moi, si quelqu’un n’exagère pas. Dans ma tête, j’ai créé un petit paradis du voyageur lent pour celui qui passerait par chez moi. Vous savez pourquoi? Parce que, parmi les moments les plus chers de mon voyage, il y a ces matins d’émerveillement impossibles à oublier, ceux où on se dit « J’aurais pu rester un peu plus longtemps » et « Je pourrais partir en voyage avec lui! », mais aussi les aurevoirs un peu longs, les petites pensées laissées avec nous comme une collation ou des légumes frais d’un beau jardin pour le diner. 

Même cette rencontre singulière que je n’ai pas racontée par incompréhension et malaise nous a laissé pantois. C’était à notre arrivée en France et, sans le savoir, nous nous sommes présentés chez cet homme atteint d’une maladie dégénérative. Son ancienne conjointe fumait sous le porche quand nous sommes arrivés. Elle ne savait pas qui nous étions et ce que nous faisions là. Le malaise a ainsi commencé. Après vérification, elle nous a fait entrer dans le vieux moulin où notre hôte, un potier ne pouvant plus pratiquer son métier, nous a parlé. Et moi, toujours inconfortable face à la condition débilitante évidente, j’ai essayé tant bien que mal d’être naturelle. Je devais être pathétique. Pour ajouter à notre malheur, je savais bien que la difficulté d’énonciation de notre hôte allait rendre la conversation quasi impossible à Jeffrey.

L’ex-conjointe dont le nom malheureusement m’échappe m’a ensuite expliqué ce qui se passait. Pour tout vous dire, la situation était désarmante. Notre hôte ne pouvait plus prendre soin de lui-même. Pourquoi alors recevoir des gens chez soi? Le potier voulait-il conserver un semblant de vie normale en accueillant des gens chez lui? Peut-être pensait-il vivre à travers nous ce qu’il ne vivrait plus jamais? 

Le lendemain matin, nous sommes partis alors que la maisonnée était endormie. J’en ai eu un petit pincement au cœur. J’ai par la suite écrit un message à notre hôte, mais l’impression d’avoir filé à l’anglaise m’est restée pendant quelque temps. Il va sans dire que notre potier recevra lui aussi une belle carte de Noël. 

Les vieilles maisons irlandaises 

Dès notre arrivée en Irlande, j’ai remarqué les vieilles maisons en pierre abandonnées le long des chemins que nous empruntions. Après en avoir croisé quelques unes, j’ai décidé de les prendre en photos. Je regrette un peu parce que j‘aurais pu en photographier beaucoup plus. J’ai parfois hésité ou évité de prendre celles qui n’étaient pas dans un cadre idéal. C’est un peu dommage. En voici quand même une belle collection. 





Ce qui était un peu étrange, c’est qu’il semblait aussi y avoir beaucoup de maisons récentes inhabitées ou en cours de construction au milieu d’un chantier désert. Jeffrey et moi pensions à la crise du logement et au prix des maisons. Pourquoi tant d’endroits sans âme alors que d’autres ne pouvaient pas mettre la main sur un endroit raisonnable où vivre? Difficile de répondre avec certitude, mais nous savons maintenant que le Canada n’est pas le seul pays à être confronté à de nombreux défis. 

3 thoughts on “de la gentillesse des gens et des maisons abandonnées

    1. Merci!! De joyeuses fêtes à vous aussi et surtout de belles aventures pour les années à venir!
      Nous avons pensé à vous bien souvent lors de notre visite en famille lorsque nous racontions notre périple!

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