Quand l’Irlande nous a presque brisés 

Nous avons passé deux nuits à Galway chez des hôtes Airbnb fort sympathiques. Anderson et Johnny sont deux Brésiliens qui vivent de façon permanente en Irlande depuis 6 ans. C’était très intéressant de parler avec eux de l’état du monde. Je me suis dit que c’était probablement vraiment pas facile de faire sa vie au Brésil pour décider de venir vivre en Irlande. Nous avions entendu parler du filet social irlandais et, malgré le coût de la vie élevé, il faut croire que le pays prend bien soin de ses citoyens. 

Le 16 septembre, nous sommes partis de Galway. Le ciel était toujours gris, mais le vent était raisonnable. Nous devions passer par Kinvara, petit village touristique au bout d’une baie pour ensuite traverser les montagnes du parc national de Burren. Cet endroit est bien particulier. Les formations rocheuses sont uniques et on y trouve aussi des sites archéologiques fort intéressants. 


Malheureusement pour nous, on annonçait à nouveau du mauvais temps avec de la pluie qui devait commencer autour de 17h. De grands vents devaient se mêler de la partie au cours de la nuit. Nous voulions trouver un endroit assez protégé avant la fin de la journée. En gardant un œil ouvert, nous sommes arrêtés au dolmen de Poulnabrone. Trente-trois individus auraient été enterrés sous ce dolmen datant de la préhistoire. 


Par hasard, j’ai aussi commencé une discussion avec le gardien du site. Nous parlions d’abord de météo, mais nous avons discuté de tourisme, de l’avant et l’après Covid, des changements climatiques, de la transformation de notre monde. Jeffrey s’est joint à la conversation et il faut croire que le monsieur nous a trouvé sympathiques puisqu’à notre départ, il nous a indiqué à quel endroit nous pouvions aller planter la tente discrètement et à l’abri du vent. D’ailleurs, c’était à un autre site archéologique plutôt en retrait de la route: le fort circulaire de pierres de Cahermore.



Nous avons passé la soirée dans la tente puisqu’il s’est mis à pleuvoir assez tôt. Pendant la nuit, la tente valsait sous le vent. Le lendemain n’allait pas être de tout repos. Il fallait choisir entre des vents de face le long de la côte ou retourner sur nos pas à travers la montagne pour couper vers notre prochaine destination: Doolin et les falaises de Moher. Nous avons choisi les montagnes. Le vent nous a rappelé que les clôtures ne l’arrêtent pas.

Les murs du fort circulaire et ma face qui vous en dit long sur les conditions météorologiques

Comme nous avions entendu beaucoup de bien du camping à Doolin, nous avons décidé d’y rester pour la nuit et de profiter du reste de la journée pour nous promener le long des falaises. C’était bien impressionnant. Les vagues étaient immenses et se fracassaient sur les parois. Malheureusement, la pluie que nous avions eue faisait en sorte que le sentier est rapidement devenu boueux et difficile à naviguer. Comme nous avions des chaussures de course peu adaptées aux conditions, nous sommes revenus sur nos pas tout de même bien contents d’avoir été témoin de la puissance de mère nature. 



Le matin du 18 septembre, pour la première fois depuis le début de notre aventure, je n’avais pas envie de rouler. Les falaises nous avaient offert un beau spectacle, mais je n’en pouvais plus. La journée s’annonçait pour la enième fois pluvieuse. La route commençait par une montée abrupte. Nous évitions à nouveau la côte. Il me semble que le combat ne se terminait jamais. Jeffrey a proposé que nous restions au camping une journée de plus. Je n’avais pas plus envie. Je voulais rouler, avancer, voir, avoir du plaisir. Les jours se ressemblaient et me tuaient: regards sur la météo, changements d’itinéraire, sortir son Gore-Tex sous la pluie, le ranger parce que c’est trop chaud, recherches d’un rare camping ou d’une possible forêt où planter la tente, regarder le prix exorbitant des chalets et des chambres… Ces journées-là, nous finissons toujours par philosopher et discuter des raisons qui nous ont poussés à entreprendre un tel voyage. Certains vont voir un psychologue, nous, nous partons à vélo pour six mois! 


Nous avons dormi dans une forêt près de Kilrush. Bien entendu, tout était (encore) humide. La prochaine étape consistait à prendre un traversier entre Killimer et Tarbert. Nous voulions nous rendre à Tralee en espérant pouvoir ensuite continuer à rouler le long de la côte (encore!) avant d’arriver à Limerick pour notre house sitting. Peu de photos ont été prises. C’était au tour de Jeffrey d’en avoir un peu marre de tout ça. 

Ce soir-là, au camping, il fallait (encore) décider. Nous avions un jour supplémentaire à notre horaire. Est-ce que ça valait la peine de prendre le risque de s’aventurer vers la côte? Est-ce qu’il y avait une route un peu plus longue que nous pouvions emprunter? Il fallait s’assurer de ne pas se retrouver piéger sans itinéraire de sortie en cas de désastre. J’avais décidé que je voulais passer par le parc national de Killarney d’abord à cause du nom (à Fredericton, nous avons le lac Killarney!), mais aussi parce que j’avais lu que c’était drôlement beau. Comment allions-nous procéder? Nous étions trop fatigués pour décider. Nous avions tous les deux l’impression d’être pris au piège et de toujours prendre les mauvaises décisions. Il fallait dormir là-dessus. 

7 thoughts on “Quand l’Irlande nous a presque brisés 

  1. Wow ! Il semble que l’Irlande vous a livré plein de péripéties quant au terrain et à la météo, mais les rencontres (et même les personnages) ont l’air très intéressantes, et les paysages sont très beaux! Jai deux amis ici à Montréal qui sont d’origine irlandaise et qui y ont grandi, ils ont tous les deux dit que l’immigration brésilienne est assez importante en Irlande et que la communauté est assez grande maintenant. L’amie irlandaise ici a même enseigné l’anglais dans une école de langues à Dublin et disait que le groupe le plus nombreux était les Brésiliens.

    Parce que c’est deja jeudi en Europe, joyeux anniversaire Vero! Je te souhaite une très agréable journée de fête. Que ce soit une journée de vélo ou de repos, cet anniversaire sera sûrement mémorable, profites-en! Hâte de continuer à te lire:)

    1. Merci pour les vœux!

      Nous faisons en effet beaucoup de rencontres et il y en a certaines que je ne mentionne pas parce que j’ai l’impression que ce serait trop long. Mais je devrai te parler d’une certaine Felicity, septuagénaire vivant presque off-grid et sans automobile alors qu’elle vit à au moins 15 kilomètres de la ville la plus proche. À raconter autour d’un whisky irlandais!

    1. J’espère qu’il fait beau en Bretagne! Nous avons eu deux nouvelles journées de pluie et de vent. Une chance, nous étions à l’abri dans une maison! Mais nous avons aussi beaucoup d’espoir pour la suite de notre voyage!

  2. Comment ça va en France ces temps-ci ? Est-ce que le terrain à parcourir s’avère plus facile qu en Irlande ? J’imagine que la France va vous offrir plein de paysages à admirer et arpenter, profitez-en! Alors, ça fait trois pays et, du coup, (dit parce que vous êtes en France maintenant;) trois peuples que vous avez croisés et côtoyés. Remarquez-vous des différences entre le caractère / l’accueil des gens, ou est-ce que tous ont été assez amènes jusqu’ici ? Pour ce qui est de vos vélos, est-ce qu’ils tiennent le coup avec tous ces kilomètres et terrains parcourus? Je sais que vous avez investi dans de très bons vélos avant le départ, j’étais simplement curieux.

    Belle journée ensoleillée ici à Montréal. 22 degrés vers la fin octobre, j’accepte !

    Bonne continuation 🙂

    1. Salut Peter!
      Contente de te lire! Pour satisfaire ta curiosité, je viens de publier un article sur notre première semaine en France. Par ailleurs, nous en sommes plutôt à notre 4e pays: Norvège, Royaume-Uni (Écosse et Irlande du Nord), Irlande et maintenant, la France! Tu auras peut-être d’autres commentaires ou questions à la suite de ta lecture! Finalement, Jeffrey a travaillé sur les vélos quand nous étions à Limerick. Ça faisait déjà 3 mois que nous roulions et il y avait de l’usure. Donc, il y a eu de petits changements. Des petites dépenses (ouille!).
      J’espère que le beau temps continuera pour vous. De notre côté, nous passons bientôt en Espagne!

      Au plaisir!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *