Journée épique

À Westport, nous nous sommes retrouvés dans un terrain de camping où nous avons rencontré deux différents couples français à vélo. Nous avons beaucoup discuté avec Yves-Marie et Isabelle, à la retraite, qui s’en allaient, eux aussi, vers le sud. Je pense que c’est un peu sous leur influence que nous avons décidé de continuer vers la côte. Il fallait arrêter d’hésiter et de décortiquer les prévisions météorologiques. Donc, c’est ce que nous avons fait. Nous sommes partis, sans hésitation même si nous savions que nous avions une longue et difficile montée au milieu de notre route. 

Bien rapidement, la pluie s’est mise à tomber. Bon, ce n’est pas si grave. Mais quand le vent se met de la partie, alors là, ça devient rapidement pathétique. Nous avions roulé un peu plus d’une quinzaine de kilomètres et nous étions trempés jusqu’aux os. C’est à ce moment-là qu’une voiture s’est arrêtée près de Jeffrey. Comme j’étais un peu en retrait, je ne savais pas trop ce qui se disait, mais l’homme semblait donner des instructions à Jeffrey. Je me suis donc tranquillement rapprochée. Le monsieur était propriétaire de petits chalets pas très loin d’où nous étions. Venez, nous disait-il, il n’y a personne aujourd’hui. Ce n’est pas une journée pour être en vélo! Bien entendu, j’ai posé la question centrale: combien d’argent? Bah! Trente euros… chaque! Et je vous préparerai à souper! D’ailleurs, il y a un autre couple derrière vous et je l’ai aussi invité! Des Français? Oui, oui, c’est bien ça!

C’est probablement ce qui nous a convaincus. Nous pensions bien que Yves-Marie et Isabelle s’en venaient par la même route. L’homme est parti et nous sommes remontés sur nos vélos. Nous avons roulé jusqu’à l’église du village suivant. C’est là que nous devions tourner pour prendre la route qui nous mènerait aux petits chalets salvateurs. Jeffrey et moi avions décidé d’attendre nos nouveaux amis, avant de continuer notre route, mais comme nous étions plus trempés qu’une éponge sortie de l’eau, nous sommes partis après une dizaine de minutes. 

Il fallait rouler 4 kilomètres avec un vent de face. Ce n’était pas très agréable, mais je me disais que j’allais me sécher très bientôt. Si seulement nous avions su… D’abord, quand nous sommes arrivés, tout était sens dessus dessous. Le gros monsieur est tout de même arrivé en nous souhaitant la bienvenue. Il faisait des rénovations, mais il ne fallait pas s’inquiéter! En clopinant, il s’est dirigé vers le petit chalet qu’il nous proposait. Il n’avait pas eu le temps de changer les draps, mais il le ferait sous peu.  

Oh la la… le « chalet » était en fait une chambre avec un lit et deux tables de chevet. Et tout était sale. Maintenant, si vous me connaissez, vous devriez savoir que je suis assez tolérante quand il est question de la propreté d’un endroit. Pour vous donner une idée, le tapis était tellement sale que je n’osais pas mettre mes pieds humides et collants dessus. Pas très pratique quand on essaie de se changer. Aussi, comme j’avais eu des piqûres de puces, j’étais un peu obsédée par les bibittes qui pouvaient se trouver dans cette saleté. Ces taches noires sur les oreillers sont-elles le résultat de l’humidité ou de punaises de lit? Avais-je vraiment envie de le découvrir? 

Je me suis rapidement demandée dans quel bourbier nous nous étions retrouvés. Toujours est-il, nous avons enlevé tous nos vêtements mouillés que le monsieur a tout de même gentiment mis dans la sécheuse. Ensuite, j’ai pris des draps propres à mettre sur le lit. Alors que j’étais seule dans le petit chalet, je me suis mise à chercher en ligne. Où étions-nous? Quel était cet endroit? Quels étaient les avis en ligne? Je découvrais que notre hôte était un homme qui semblait gentil, mais qui pouvait facilement se transformer en personnage grossier. Plusieurs se plaignaient des belles propositions plus ou moins claires et des frais cachés. Est-ce qu’on allait vraiment nous offrir le souper ou allais-je devoir le payer? 

Pendant ce temps-là, Jeffrey était en pleine discussion avec notre gros monsieur. Quand je les ai rejoints, il en était à raconter des blagues de mauvais goût. Moi, je riais par politesse, mais mon estomac se tordait. Je devais le dire à Jeffrey. Le vent hurlait, la pluie passait par rasade puissante, mais mes tripes me disaient de prendre mes jambes à mon cou. Il n’en a pas fallu beaucoup pour convaincre Jeffrey. Le plan était simple: retourner à la chambre, se changer à nouveau, prendre nos vêtements encore humides et partir le plus rapidement possible. Je n’avais toujours pas payé, nous étions en milieu d’après-midi, c’était notre chance. 

Le monsieur n’était pas content, mais il ne nous a pas fait de misère. Une fois sur la route, mon estomac s’est dénoué. Nous aurions le vent dans le dos pour les premiers 4 kilomètres, ensuite, nous pourrions réfléchir à un plan B. Peut-être allions-nous trouver un bon endroit où dormir un peu plus loin dans la vallée? Il fallait d’abord passer la longue montée à 10% d’inclinaison. Nous venions d’essuyer une averse, le vent poussait les nuages rapidement. Nous avons eu droit à des parcelles de ciel bleu et à un arc-en-ciel. 


En anglais, puis en français, puis en anglais…

Notre espoir s’est pointé le bout du nez quelques instants, mais le vent puissant qui nous attendait au haut de la montagne l’a rapidement fait fuir. Pédaler pour avancer en descendant n’est jamais amusant. Une fois rendus dans la vallée, notre situation ne s’est pas améliorée. Le vent nous attaquait de face et nous peinions à avancer. Alors que je scrutais les environs pour trouver un endroit protégé du vent, la pluie s’est transformée en grêle. Je n’en pouvais plus, les petites boules de glace qui tombaient me pinçaient les joues. Jeffrey criait alors que je désespérais: « Un kilomètre et nous serons protégés! La route change de direction et nous entrons dans les terres! Il faut continuer! » 

Jeffrey avait raison. Le vent s’était calmé, la grêle avait cessé. Il était maintenant temps de nous trouver un endroit où planter la tente alors que nous étions protégés du vent. Encore une fois, il faut comprendre qu’il n’y avait aucun camping aménagé dans les environs. Nous n’avions pas beaucoup roulé, mais les conditions éprouvantes nous avaient ralentis et nous étions fatigués. 

Au bout d’un moment, nous sommes passés devant ce qui semblait être une retraite religieuse à cause de son nom prophétique: Delphi. Un petit carré de gazon garni d’une table à pique-nique jouxtait le bâtiment. Nous en rêvions. N’était-ce pas l’endroit idéal pour nous? Il fallait demander. 

En fait, nous nous trouvions au début d’un grand complexe hôtelier qui, entre autre chose, offrait des services pour les pêcheurs à la mouche. Le petit coin de paradis nous était interdit, mais l’homme qui dépeçait les poissons pêchés cette journée-là nous a donné toutes les indications pour pouvoir planter la tente sans souci. 

Il faut bien le dire: quelle chance! Nous nous sommes retrouvés près de la rivière, loin du vent et un petit abri nous permettait de cuisiner protégé des éléments. Le lendemain matin nous offrirait de beaux paysages. 

Mais qu’était-il arrivé à Yves-Marie et Isabelle? Pourquoi ne les avions-nous pas croisés? Avaient-ils lu les avis en ligne? Est-ce que nos chemins se croiseraient à nouveau? 

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